QUATRIEME COURS DE PALEOGRAPHIE

14 décembre 1996


Aujourd'hui, nous allons faire une petite pause.

Nous allons voir ou revoir certaines données qui nous serviront pour les cours suivants (textes de la fin du XVIe et du XVIIe siècles).

La plupart des verbes prennent une terminaison en "oit" ou "oient" à l'imparfait. Cette terminaison remplace notre "ait" et notre "aient". Prenons par exemple le verbe "être" ("estre" en ancien français):

ESTRE (conjugaison moderne)

ESTRE (conjugaison ancienne)

J'étais

Tu étais

Il était

Nous étions

Vous étiez

Ils faisaient

J'estois

Tu estois

Il estoit

Nous estions

Vous estiez

Ils estoient

D'autres verbes ont une forme différente, qui se rapproche plus du latin que du français:

Forme actuelle Forme ancienne Forme originelle (latin)
connaître conoistre ou cognoistre cognoscere
paraître paroistre ou parroistre parere
solenniser sollempniser de "sollemnis"

Les adverbes suivent alors la même règle: connoissant ou cognoissant, parroissant, sollempnisant, etc.

Mais certains verbes ont disparu de la langue française, ou ne sont plus employés sous leur forme ancienne: "calader" (on pourrait dire aujourd'hui "empierrer"), "bladeger" (semer une terre en blé, seigle, orge, etc.), "esclaper" (fendre du bois en éclats), "attufeger" (mettre une terre en culture ou en état d'être cultivé, d'être planté), "moulser" (équivalent de "traire"), "anter" (pour "greffer"), "partir" (pour "répartir")...

Pour bien se familiariser avec ces verbes et avec la langue, n'hésitez pas à consulter des dictionnaires de "vieux français", comme celui de HONNORAT (présent dans toutes les bibliothèques et archives de france). Il vous sera utile très souvent...

Si, comme pour les verbes, de nombreux noms n'existent plus (ceux utilisés par exemple pour désigner des outils, une procédure judiciaire ou une pratique agricole), certains ont changé de forme voire de sens et ne s'écrivent pas exactement comme aujourd'hui (et nous ne comptons pas dans ce nombre, les noms et expressions locales, propres à chaque contrée). On peut en donner deux exemples significatifs:

Forme actuelle Signification Forme ancienne Signification
aucun utilisé essentiellement pour la négation ("aucun de vous n'est capable de prendre ses responsabilités") aulcung désigne ou bien une négation ou bien "quelque" ("champ et aulcung fruitiers" = "champ et quelques arbres fruitiers")
brûlage brûler des herbes, des broussailles bruslement même sens

Tout comme pour les verbes, certaines formes latines sont encore perceptibles dans de nombreux mots:

Forme actuelle Forme ancienne Forme latine
fruits fruicts fructus
juridiction jurisdiction jurisdictionis
fait faict factum

Très rares sont les accents. On ne les utilise presque jamais dans les textes anciens. Les mots ou les verbes comportant actuellement la lettre "ê" et "â" adoptaient alors la forme "es" et "as":

Forme actuelle Forme ancienne
brûler brusler
châtaigne chastaigne

Mais il y a parfois des exceptions: "despecher" pour "dépêcher". Tout dépend en fait du scribe qui peut écrire un même mot, dans un même texte, de plusieurs formes différentes: il n'y avait pas, nous ne le répéterons jamais assez, de véritables "raigles d'aurtografes" ;-)

On constate aussi l'utilisation de deux lettres différentes de manière aléatoire: c'est le cas du "i" et du "y" ("lyer, foyssoier et byner" pour "lier, fossoyer et biner"). De même, notre "u" peut s'écrire indifféremment "u" ou "eu" ("encleume", "preudhome"). En languedoc, le "ill" devient "lh" ("batalhe" pour "bataille"). Il faut donc bien connaître les subtilités locales du parler ancien afin de déchiffrer au mieux les mots que l'on rencontre dans un document d'archive: on n'écrivait pas un mot de la même façon à Nantes qu'à Perpignan.

Mais le plus difficile dans la lecture des textes anciens, la pierre d'achoppement pour beaucoup de néophytes, c'est le mot abrégé. Voici un petit tableau qui donnent quelques exemples d'abréviations:

Mot abrégé Mot restitué
Sr S(ieu)r
Mr M(onsieu)r ou M(onseigneu)r
led led(it)
necessai- nécessai(re)
hans habitan(t)s
maons- ma(is)ons
facillemt facillem(en)t - ce type d'abréviation, pour le "ent" final est très souvent utilisé
cinqte cinq(uan)te
fe- f(er)e pour "faire"

Nous aurons l'occasion de revenir sur ces abréviations, tout au long des prochains cours, car le XVIIe siècle en a fait une très large utilisation (et que dire pour le XVIe siècle, ou les textes latins).

Voila, c'est tout pour aujourd'hui. La suite du cours Samedi 4 Janvier 1997.

En attendant, nous vous souhaitons à tous de bonnes fêtes de fin d'année.


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