SEPTIEME COURS DE PALEOGRAPHIE

15 Février 1997


Cette fois-ci, nous faisons une nouvelle pause. Certains d'entre vous, chers amis lecteurs, m'ont demandé de donner explications plus amples concernant les abréviations. Qu'à cela ne tienne, nous allons nous pencher sur ce problème.

Comme vous le savez déjà, les écrivains, dans l'Antiquité et durant tout le Moyen Age, ont voulu gagner du temps tout en économisant le papyrus ou le parchemin. Afin de réduire l'écriture, ils ont eu recours à divers procédés.

1) NOTES TIRONIENNES

On attribue habituellement à l'affranchi de Cicéron, qui se nommait Tiron, l'invention de la tachygraphie latine connue sous le nom de "notes tironiennes". Ce n'est pas, à proprement parler une écriture conventionnelle mais plutôt une écriture littérale. Autrement dit, ses éléments sont les lettres de l'alphabet majuscule latin, mais tronquées, liées et modifiées en vue d'une très grande rapidité.

La "note tironienne" que nous trouvons le plus fréquemment dans les textes du XVIe et du XVIIe siècles est celle qui remplace les trois lettres "CON" (ou "COM") comme dans "CONstruction" ou dans "COMparaître". On appelle cette note le "neuf tironien" car sa forme rappelle celle du chiffre "9". En voivi un exemple:

 "9me" pour "(com)me"

2) SIGLES

Il s'agit en fait d'une lettre isolée qui représente le mot dont elle est l'initiale. Nous l'avons déjà rencontré avec le "MM", pour "M(onsieur) M(aître)". Le sigle le plus connu aujourd'hui étant le "SAS" pour "S(on) A(ltesse) S(érénissime)".

3) CONTRACTION

On procède alors, dans la contraction, à la suppression de lettres. Nous avons déjà vu un exemple de contraction avec le mot "présent", écrit "pnt". En voici d'autres exemples:

"cauon" pour "cau(ti)on"

"amde" pour "am(en)de"

"hans" pour "ha(bit)ans"

4) LETTRES SUSCRITES

Cette méthode consiste à inscrire au dessus d'une lettre une ou deux petites lettres pour indiquer la terminaison d'un mot:

"adat" pour "ad(voc)at" (c'est-à-dire "avocat")

"ordre" pour "ord(inai)re"

" cinqte" pour "cinq(uan)te"

5) SIGNES SPECIAUX

L'abréviation par signes speciaux est la plus facile (ou la plus difficile) à résoudre, comme nous le montre les exemples suivants:

 "p" pour "p(er)" ou "p(ar)"

"pcur" pour  "p(ro)cur(eur)".

"pps" pour "p(ro)p(re)s". On distingue bien les deux types d'abréviations pour "pro" et "pre"

"te" pour "t(erm)e". Retenez bien l'abréviation du "er" après la lettre "t".

"xpiente" pour "chr(ét)ienté". Le "xp" du début du mot sera souvent utilisé dans tous les termes du type "chrétien", "christianisme", "christ", "chresme", etc.

Celui qui voudrait bénéficier d'une méthode rapide et facile de déchiffrement sera grandement déçu, car la manière la plus efficace pour résoudre les abréviations reste et restera celle de se familiariser avec les habitudes graphiques ou rédactionnelles d'un scribe ou d'un bureau.

Et s'il y a encore, parmi vous, des curieux voire des insatisfaits, je vous conseille donc de consulter l'ouvrage de Gabriel AUDISIO, intitulé "Paléographie des écritures cursives en France du XVe au XVIIe siècles". Il est certes plus technique mais aussi plus complet quant aux formes multiples et variées des textes et des ecritures anciennes.

Bon! J'espère n'avoir rien oublié.

Petit exercice pour ne pas perdre la main: voici 8 abréviations à résoudre. Vous devez donner les deux formes , l'abréviation elle-même et le mot entier (de la même manière que pour les exemples données dans ce cours):

A bientôt pour la suite du cours, le Samedi 1 Mars.


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